Cher Monsieur Macron.
C’est un électeur
particulièrement déçu, et en colère, qui vous écrit aujourd’hui.
Au soir de ce 23 avril
2017, vous êtes arrivé en tête, courte mais incontestable, de ce premier tour
ubuesque.
Oui, il semblerait que
vous ayez effectivement convaincu les Français… Enfin, au moins 24, 01 %
d’entre eux. Et même si vous avez encore la bataille du second tour à mener, vous
avez là certainement de quoi être déjà très satisfait.
La grande majorité des
électeurs français ne peut hélas pas en dire autant. Et pas seulement parce que
leurs candidats, quels qu’ils soient, ne se sont pas qualifiés pour le second
tour.
Non. Au second tour, vous
faisant face, avec un score très légèrement inférieur au votre, c’est Marine Le
Pen que l’on retrouve.
Alors aujourd’hui, comme
en 2002, le Front National est aux portes de l’Elysée. Aujourd’hui, encore une
fois, l’extrême droite est en position de l’emporter, et Marine Le Pen, fière
héritière de son père, de devenir notre nouvelle Présidente de la République.
Alors aujourd’hui, comme
en 2002, on nous appelle à faire barrage. On nous demande, de nouveau, de voter
massivement pour l’autre candidat, donc pour vous, afin d’empêcher un parti à
l’idéologie fasciste de s’emparer du pouvoir.
Quoi de plus
naturel ? Oui, bien sûr ! Le Front National ne doit en aucun cas
passer. Il faut les en empêcher. Pour quiconque étant un minimum
attaché aux principes de la République (Liberté, Egalité, Fraternité, s’il faut
vraiment les rappeler…), c’est juste une évidence. Quoique…
Quoique, depuis 2002, les
choses ont bien changé…
A commencer par Le Front National lui-même.
En effet, en quinze
années, ce parti d’extrême droite semble être devenu tout à fait fréquentable.
Incroyable, n’est ce pas ?
Le Front National n’est
plus porté par son seul socle d’électeurs historiques, fermement partisans de
son programme et de ses immondes idées.
L’opération de
dédiabolisation, qui ne s’apparente pourtant qu’à un vulgaire, mais habile,
ravalement de façade, semble avoir fonctionné.
A force de grands mots, de
grandes phrases, de disputes familiales surmédiatisées, de formulations
obscures et de reformulations nébuleuses, Marine Le Pen et ses communicants ont
réussi l’impensable : faire oublier les origines historiques du parti (à
la base, organe électoral du mouvement néo-fasciste Ordre Nouveau, tout de
même…), et faire croire à un grand nombre de Français qu’elle n’était en rien
la même personne que son père, et ne défendait pas les mêmes idées.
Ne serait-ce que sa
récente sortie concernant la responsabilité de la France dans le Vél d’Hiv, ou
la « polémique » actuelle concernant les propos négationnistes de
Jean-François Jalkh, nous confirment pourtant magnifiquement le contraire.
Mais le fait est que cette
opération de dédiabolisation est une inexplicable réussite, et que pour
beaucoup de Français, le Front National de Marine Le Pen est bien plus
respectable que le Front National de Jean-Marie Le Pen.
Et donc ils sont là, au
second tour. Face à vous, M. Macron.
Et donc, à présent, comme
en 2002, c’est le défilé des donneurs de leçons.
Les garants de la morale
politique exhortent le peuple à voter massivement contre le Front National. Ils
nous appellent à dresser le fameux Front Républicain.
Mais, avez-vous
remarqué ? L’envie n’y est plus…
C’est fou ça ! Les
fascistes arrivent en courant, et on dirait que finalement, bien peu de
personnes veuillent effectivement les empêcher de passer et de tout saccager.
Comment cela se
fait-il ?
A cette question, je peux
apporter au moins une réponse. Une réponse qui, je crois, exprimera le malaise
que ressentent beaucoup de gens.
Nous ne sommes pas des
pions.
Nous ne voulons pas être
des pions.
Nous refusons d’être les
victimes d’un lamentable calcul politique. Car c’est ce qu’est devenu le Front Républicain.
Un calcul. Un levier.
Messieurs Hollande, Valls,
et tous ceux qui vous soutiennent tout en se réclamant « de gauche »,
se frottent doucement les mains, un rictus de satisfaction au coin des lèvres.
Ils ont sabordé les
primaires, au mépris le plus total de leurs électeurs (qui avaient pourtant été
jusqu’à payer pour pouvoir s’exprimer !).
Ils n'ont aucunement
soutenu Benoit Hamon, pour lui faire payer une fronde pourtant bien légitime.
Ils l’ont qualifié de traître, lui qui, bien au contraire, a essayé de toutes
ses forces de redonner du sens aux luttes que son parti était sensé mener.
Saluons-le ici pour son courage. Sa campagne a été loin d’être facile.
Ils ont littéralement
poignardé celui qui aurait du être le candidat naturel de leur parti, le
défenseur de leurs valeurs.
Ce faisant, ils ont
piétiné la démocratie, tout en sachant pertinemment que le fameux Front
Républicain anti Front National achèverait de vous faire entrer à l’Élysée.
Vous, leur poulain dès le début.
Leurs politiques, leurs
trahisons (car ce sont bien eux les traîtres, il n’y a pas à en douter un
instant !), ont créé, en toute conscience de cause et de conséquences, une
telle situation.
Ils portent aussi leur
part de responsabilité dans la montée du Front National. Le bilan de quinze
années désastreuses de chiraquisme, sarkozysme, et hollandisme, dans la
continuité duquel, malgré tous vos grands mots, vous ne faites que vous
inscrire.
Leurs politiques ont
contribué à la résurgence et à la banalisation des « idées »
défendues par Marine Le Pen et son parti. Qu’on se souvienne, par exemple, de
la grande violence des discours de Nicolas Sarkozy lors de sa campagne de 2012,
ou des reculades incessantes de François Hollande, qui devait être le candidat de
la renégociation européenne, et de la lutte contre cet ennemi invisible, la
Finance. Un ennemi aujourd’hui bien visible pourtant, à travers vous et la
grande majorité de vos soutiens.
Non contents de porter une
partie de la responsabilité de la présence du Front National au second tour,
ils se permettent de nous faire la leçon. De nous traiter d’irresponsables.
Parce que nous serions réticents à vous apporter notre voix. Parce que nous serions réticents à voter pour vous, un candidat dont le programme est à l'opposé de nos idéaux.
Ce faisant, ils
instrumentalisent le Front Républicain, et le réel sentiment de rejet que
provoque encore le Front National chez la majorité des électeurs.
C'est révoltant. C'est puant.
Et aujourd'hui, beaucoup de citoyens, se sentant manipulés, n’ont aucune envie de
leur apporter une telle satisfaction.
Il faut bien en avoir
conscience, les véritables architectes de ce dévoiement, ce sont ces
politiciens qui parient de manière irresponsable sur la dynamique du Front
Républicain. Et non les milliers d’électeurs, dont l’aversion pour le Front
National n’est certainement pas à remettre en question.
Nous rejetons violemment,
et sans partage, Marine Le Pen, le Front National, et leur idéologie
répugnante.
Mais nous rejetons
également de toutes nos forces l’instrumentalisation scandaleuse dont nous
sommes actuellement les victimes.
Voilà pourquoi le Front
Républicain a tant perdu de sa superbe, de son naturel, de sa spontanéité…
Voilà pourquoi il n’est
pas évident du tout que, le 7 mai prochain, vous arriviez en tête du scrutin
avec une aussi large majorité que M. Chirac en 2002.
En ce qui me concerne,
peut être, une fois ma colère et ma douleur passées, le ferai - je finalement,
ce fameux barrage, le 7 mai. En essayant de ne pas penser à vous, ou à M. Hollande
et consorts, certainement rigolards dans leurs salons de velours.
Peut-être... Mais ça se jouera très certainement de peu. Dans l’isoloir. Au tout dernier moment. Face à face avec ma propre conscience.
Peut-être... Mais ça se jouera très certainement de peu. Dans l’isoloir. Au tout dernier moment. Face à face avec ma propre conscience.
En tous cas, M. Macron,
sachez le : si jamais je venais à déposer un bulletin à votre nom dans
l’urne, ce ne sera certainement pas par adhésion à votre programme, lui aussi
destructeur.
Non, je n’adhère pas à
votre vision libérale du monde, qui a, au contraire, plus que jamais besoin de
solidarité et d’entraide.
Non, je n’adhère pas à
votre projet de changement du code du travail, qui donnera toujours plus de
pouvoirs au patronat, et affaiblira encore des employés manquant déjà bien
souvent de recours pour se défendre.
Non, je n’adhère pas à
votre vision romantique de l’entreprise, que vous admirez au point d’en
reprendre le vocabulaire, et de faire ressembler votre mouvement à une start’up
« super cool » du monde politique, avec ses community managers et ses helpers
avides de feedbacks.
Non, si je finis, le 7
mai, par voter pour vous, ce ne sera pas par adhésion à votre programme, qui
n’est rien d’autre que la continuité, mais plus violente, plus pressante, des
cinq années que vient de passer M.
Hollande à l’Elysée.
Non, si je viens à VOTER
POUR vous, ce ne sera que pour VOTER CONTRE le Front National.
Non, même si vous êtes
élu, sachez le, M. Macron, vous ne
serez pas mon Président.